« 21 septembre 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 366-367], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d4182e676, page consultée le 03 mai 2026.
Jersey, 21 septembre 1853, mercredi après-midi, 2 h.
Je commence à soulever un peu le bandeau de fer rouge qui me cercle la tête depuis trois jours, mon cher petit homme, et je profite de ce petit temps de soulagement pour te donner mon cœur et pour t’assurer que je suis bien résignée à ne pas te voir aujourd’hui, dans le cas où tu serais obligé de faire à fond à la famille Vacquerie les honneurs de l’hospitalité1. Quel quea soit mon égoïsme, mon pauvre adoré, je sens qu’il est des devoirs auxquelsb tu ne peux, ni ne dois te soustraire. Celui-ci en est un entre tous. Aussi, mon ineffable bien-aimé, j’accepte mon sort d’aujourd’hui avec courage, en espérant que tu me rendras en amour tout le bonheur que je te sacrifie aujourd’hui, en te laissant entièrement libre de ton temps et de ta personne. J’ai prévenu Suzanne qu’elle aurait à faire les chambres de ces dames, sans lui faire aucune promesse afin de ne pas faire planche pour les occasions à venir. La surprise, s’il y en a, lui sera d’autant plus agréable qu’elle ne s’y attendra pas comme à une chose due. Et puis je vous aime sans marchander, mon amour, et je vous attends avec tout mon courage.
Juliette
1 « Probablement au cours de l’été ou de l’automne 1853, Vacquerie prit quelques photographies de sa famille : de sa mère, Jeanne Arsène Vacquerie, née Chauveau (1790-1868), de sa sœur aînée Marie Arsène Lefèvre, née Vacquerie (1811-1882), et du fils de cette dernière, Ernest Lefèvre (1833-1889), avocat, comme son oncle fervent admirateur de Hugo qui devait figurer par la suite parmi les exécuteurs testamentaires de ce dernier […] », Françoise Heilbrun et Danièle Molinari (dir.), En collaboration avec le soleil, Victor Hugo, photographies de l’exil, RMN/Paris Musées, 1998, p. 117. Ces photographies attestent du séjour de la famille Vacquerie à Jersey. La lettre de Juliette permet de conforter l’hypothèse de leur présence à l’automne 1853 plutôt qu’au printemps et de proposer de dater les trois clichés (72, 73, 74) de cette période.
a « quelque ».
b « auquels ».
« 21 septembre 1853 » [source : BnF, Mss, NAF 16374, f. 368-369], transcr. Bénédicte Duthion, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.d4182e676, page consultée le 03 mai 2026.
Jersey, 21 septembre 1853, mercredi après-midi, 2 h. ½
J’espère que voilà un temps à souhait, pour les tripsa1, les photographies et le RESTE, mon cher petit magicien. Malheureusement, je n’ai pas le courage d’en profiter sans vous. C’est à ce point, qu’il m’est impossible de me décider à mettre un pied devant l’autre quand je ne suis pas avec vous. Aussi, après avoir bien pioché depuis six heures du matin après mes vieux zaillons, je vais écosser des haricots pour ce soir, car il n’y a pas à compter sur Suzanne avant six ou sept heures ce soir. En vérité, si quelqu’un mérite une INDEMNITÉ dans tout cela, je crois que c’est MOI SEULE. Aussi, je me propose de faire valoir mes droits le jour venu. En attendant, je fais la besogne de deux et même de trois, et je vous aime comme trente mille diables. Si cela ne vous suffit pas, vous êtes devenu bien gouyaffe (si cette orthographe blesse vos préjugés académiques vous êtes libre de la changer). Ce à quoi vous ne pouvez rien, c’est de m’empêcher de vous aimer. ATTRAPÉb. Telle est ma RAIDE ACTION.
Juliette
1 Excursions.
a « tripes ».
b « attrappé ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’inquiète des séances de spiritisme à Marine-Terrace, dont elle est exclue, et qui lui semblent des diableries.
- 6 septembreArrivée de Mme de Girardin chez les Hugo ; elle va initier ses hôtes aux tables parlantes à partir du 11 septembre.
- 21 novembreChâtiments.
